Le Blog de Nicolas Beretti

Avec de l'entrepreneur et de l'auteur à l'intérieur

Journalistes, le redressement productif peut aussi passer par vous !

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journalistes et startupAlors qu’Arnaud Montebourg vient d’annoncer vouloir relocaliser l’industrie de la santé en France et favoriser l’innovation dans le secteur de la santé, j’aimerais, en tant qu’entrepreneur dans le domaine, attirer l’attention des journalistes sur l’immense influence qu’ils peuvent avoir sur le succès – ou l’échec – d’une innovation. Et donc sur la création d’emplois en France.

Aux Etats-Unis, la culture entrepreneuriale et le goût du risque (proportionnel aux gains espérés) est telle qu’une startup technologique peut réussir relativement facilement des levées de fonds faramineuses. Avec en caisse des dizaines de millions de dollars, elle peut alors financer non seulement sa phase de R&D et de développement, mais également sa stratégie de communication. Car c’est bien beau d’avoir inventé un produit intéressant, encore faut-il que le monde en apprenne l’existence – c’est le rôle de la communication. 

En France, l’écosystème autour des startups technologiques n’a rien de comparable avec celui des Etats-Unis. Ici, l’énorme poids de la machine administrative siphonne l’énergie des entrepreneurs tandis que les (rares) investisseurs privés qui ont les moyens d’investir reculent devant le montant des prélèvements obligatoires venant considérablement diminuer l’espérance des gains futurs. Il en résulte que lever des fonds en France est non seulement nettement plus difficile et plus long, mais qu’en outre les montants levés sont ridiculement faibles comparés à ce que lèvent les startups américaines. Ici, une levée de fonds de moins de 5 millions d’euros fera la une des journaux spécialisés (bravo du coup à MyFox pour leur levée!). Aux USA, un montant de 60 millions de dollars n’a rien d’exceptionnel.

Rappelons à ce stade qu’en moyenne, pour 10 investissements dans des startups, 9 le seront totalement à fonds perdus. En matière de création d’entreprise, statistiquement l’échec est la règle, la réussite l’exception. Taxer les gains obtenus grâce à la réussite de la 10ème startup revient donc à stériliser toute envie d’investir dans les 9 autres. Mais c’est un autre sujet.

Ceux qui ont pourtant décidé de rester en France pour créer leur entreprise sont confrontés à un écosystème qui leur est grandement défavorable. Ici, les entrepreneurs sont mal aimés, mal compris, et les rares qui réussissent sont immédiatement comparés aux « grands patrons » du CAC 40. Pourtant, rien de commun entre ces derniers, nommés pour manager de grandes structures qu’ils n’ont pas créés de leurs mains, et les entrepreneurs partis de rien qui ont pris tous les risques et ont tout sacrifié pour voir leur entreprise réussir, embaucher, et se développer… Généralement, ce sont eux qui, d’ailleurs, investissent ensuite bien volontiers dans des startups : ils ont vécu la même histoire, la fibre entrepreneuriale ne les a jamais quittés, et ils sont prêt à perdre leurs gains 9 fois sur 10 pour qu’une seule réussite puisse voir le jour. Ce sont les Marc Simoncini (Meetic), Xavier Niel (Free) ou Jacques-Antoine Granjon (Ventes-Privée), et il faut les féliciter de ces initiatives.

En France donc, l’entrepreneur est seul, il rame à contre-courant et rien ou presque dans son écosystème ne l’aide à faire connaître son innovation. Pourtant, une catégorie de professionnels pourrait grandement leur venir en aide : les journalistes. Je le disais plus haut, en France les startups n’ont pas accès à des levées de fonds à l’américaine, où les montants se chiffrent à coups de millions. Ici, pour une startup « normale », faire connaître son innovation relève donc d’une mission quasi impossible : il faut le faire sans moyens, dans un pays culturellement désintéressé de la chose entrepreneuriale mais paradoxalement angoissé de voir le chômage augmenter.

C’est ici que les journalistes pourraient jouer un rôle auquel ils ne sont pas forcément habitués. Leaders d’opinion et personnages indispensables à la vie démocratique, les journalistes ont aussi un grand pouvoir d’influence – c’est la raison pour laquelle ils croulent sous des centaines d’emails tous les jours. Lorsque l’économie est à ce point ralentie, que le scepticisme s’enracine dans les mentalités et que les meilleurs cerveaux fuient le pays, les journalistes ne pourraient-ils pas endosser, exceptionnellement, le rôles de leaders d’enthousiasme et donner un coup de projecteur sur toutes ces startup et ces entrepreneurs inconnus qui, bon an mal an, tentent de créer là où l’économie détruit ? Se battre contre la morosité et la peur afin de créer un produit ou un service innovant à même de générer des emplois, n’est-ce pas aussi rendre un service à son pays ?

Avant d’aller plus loin: j’ai étudié au CELSA, Grande Ecole légèrement bipolaire dans laquelle sont formés simultanément des journalistes et des communicants, qui s’écharpent depuis des années sur leur légitimité respective, je sais donc tout le mal que les journalistes vont a priori penser de ce que je raconte dans ces lignes. Mais j’écris ici en tant qu’entrepreneur, non en tant qu’auteur.

J’ai l’impression que, du point de vue d’un journaliste, parler d’une startup qui ne fait pas déjà l’actualité, c’est violer, en quelques sorte, la mission sacrée qu’il s’est donnée (informer), pour se placer aux ordres du « grand capital », car c’est ouvrir ses colonnes à une entreprise dont le propos est de…vendre. Ô scandale. C’est oublier que cette startup restée en France, si elle parvient à vendre son produit ou service, embauchera en France, paiera ses impôts en France, et fera vivre à son tour une cascade de sous-traitants divers et variés, etc… Si ce n’est pas du Redressement Productif, alors ça y ressemble fortement.

Pourtant, lorsqu’en tant que directeur associé d’une startup, je contacte des journalistes pour leur faire savoir que l’innovation technologique développée au CNRS (et qui est à la base de l’entreprise), est capable d’aider des millions de gens à mieux respirer et à mieux dormir, ils me répondent invariablement qu’ils ne sont pas là pour faire la publicité d’un produit. Si je peux comprendre ce discours, j’ai pourtant tendance à penser qu’en période de crise économique intense, durable et terriblement destructrice d’emplois, de moral et d’optimisme, les journalistes pourraient accorder un tout petit peu plus d’attention à ces milliers de petites startups inconnues, dont les innovations n’attendent qu’un peu de couverture médiatique pour se vendre. Ce sont ces jeunes entreprises qui créent les emplois d’aujourd’hui et de demain, et qui distillent dans le pays ce souffle d’optimisme qui fait aujourd’hui cruellement défaut. Ce n’est pas, à mon sens du moins, vendre son âme au capitalisme que de mettre une infime partie de son pouvoir d’influence au service d’une cause somme toute patriotique et utile : nos entrepreneurs.

Amis journalistes, s’il vous plait, allez faire un tour dans les incubateurs de startups, venez aux Startup Weekends, rencontrez-les, ces jeunes qui se battent pour créer des emplois en France : leurs innovations et leurs idées ne valent-elles pas mille fois plus qu’un énième gros titre sur les résultats de The Voice ou de Secret Story ?

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