Le Blog de Nicolas Beretti

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« Apprendre de ses erreurs » (et autres stupidités bien-pensantes)

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Dans le monde du business, il est une idée devenue quasiment Loi: il faut apprendre de ses erreurs. Si cette logique trouve ses limites dans la pratique du parachute par exemple, on trouve en revanche nombre de coachs et d’auteurs rabâcher à chaque occasion que plus on fait des erreurs, meilleur on devient. 

Echoue et échoue encore, quelque chose finira bien par réussir (ou pas)

Les mêmes vous conseillent même d’échouer – et d’échouer souvent. Se planter forgerait le caractère. D’ailleurs, 9 business sur 10 ne se ramassent-ils pas ? Echouez donc en riant, c’est une bonne chose. Visons même l’échec plutôt que la réussite ! A les lire on dirait que c’est encore mieux. Avec une telle concentration d’échec dans l’air ambiant, difficile de sentir l’odeur de la réussite.

Ne respirez pas. Ne soyez pas aveuglés par les statistiques: les échecs des autres ne sont que ça: les échecs des autres.

Si ceux-là n’arrivent pas à marketer leur produit, ça n’a rien à voir avec vous. S’ils ne parviennent pas à construire une équipe solide et intelligente, ça n’a rien à voir avec vous. S’ils ne savent pas monétiser leurs services correctement, ça n’a rien à voir avec vous. S’ils dépensent plus que ce qu’ils gagnent…bon, vous avez compris l’idée.

Qu’est-ce qu’on apprend réellement de ses erreurs ?

Principalement, quand on se plante, on apprend ce qu’il convient de ne plus refaire. Mais qu’est-ce que ça vaut ? On ne sait toujours pas ce qu’il convient de faire. Pour rater un business, il y a 10 000 façons de se planter, mais bien souvent une seule de réussir. Car la conjonction des facteurs de réussite est nettement plus délicate à atteindre que toutes celles d’un échec. Un peu comme envoyer une sonde sur Mars: malgré des milliards de dollars investis et des armées de génies de Harvard, peu ont atteint la surface de la planète rouge. Trop de facteurs d’échec potentiel et très peu de réussite. Allez leur dire, en constatant que leur sonde à 4 milliards vient de se pulvériser bêtement sur Mars comme un moustique sur un pare-brise: « super, comme ça on va apprendre de notre erreur, et tout ça va magiquement faire disparaitre l’addition salée pour le contribuable et nous faire oublier les autres programmes de recherche qu’on a sacrifiés au nom de cette mission – ratée ».

Le succès, en revanche, vous arme de munitions réelles. Lorsque vous réussissez quelque chose, vous savez ce qui a marché, et vous pouvez le refaire. La fois d’après, vous le ferez d’ailleurs probablement mieux.

Le Darwinisme du Business

L’échec n’est pas un pré-requis pour le succès. C’est une fable inventée sur la base de statistiques d’entrepreneurs qui ont persévéré et ont fini par réussir, tout en rêvant de réussir du premier coup – comme certains y parviennent. Puisqu’on parle de statistiques, une étude de la Harvard Business School révèle que les entrepreneurs à succès ont bien plus de chances de réussir à nouveau (le « taux de succès » de leurs futures entreprises est de 34%). En revanche, les entrepreneurs qui se sont d’abord plantés une fois ont à peu près le même taux de réussite que les entrepreneurs néophytes: 23%.

Autrement dit, les gens qui échouent ont les mêmes chances de succès que les gens qui n’ont jamais essayé du tout. Le succès est donc l’expérience qui compte réellement. Pas l’échec.

D’ailleurs, c’est exactement comme ça que la nature fonctionne. L’évolution naturelle ne s’appuie pas sur ce qui foiré, mais sur ce qui a marché. J’ai toujours pensé que les lois de la nature régissaient aussi le monde des hommes,  simplement un brin aseptisées par l’invention des lois. Au nom de quoi le business, monde cruel et brutal par excellence, échapperait-il au darwinisme ?

Peut-être finalement que ces centaines d’auteurs de livres de développement personnel et de coaching en business ont trouvé un marché nettement plus large en s’adressant aux 9 entrepreneurs sur 10 qui se plantent et veulent se sentir rassurés plutôt qu’au seul qui a réussi – et qui donc ne lira probablement pas leurs bouquins, occupé qu’il est sur son yacht ou au ski. Ce faisant, ils ont construit leur réussite sur l’engrais de nos échecs à nous, pauvres pommes que nous sommes, en nous encourageant à échouer encore: on sera plus enclin, ainsi, à acheter la version 2 de leurs bouquins !

Sur ce, je vous souhaite à tous une très belle fin d’année et un très joyeux Noël.

—-

Ce post est le premier d’une série librement inspirée par l’excellent livre Rework de Jason Fried et David Heinemeier Hansson, les types derrières Basecamp, entre autre. J’avais envie de partager avec vous les passages qui m’ont plu, et de les adapter à ma sauce. Je vous suggère fortement la lecture de leur bouquin, qui balaie avec force impertinence pas mal de choses – c’est assez jouissif.

Une réflexion sur “« Apprendre de ses erreurs » (et autres stupidités bien-pensantes)

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