Le Blog de Nicolas Beretti

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Pourquoi les réunions PowerPoint ne peuvent pas fonctionner : paresse sociale et réunionnite

3 Commentaires

Comité : un groupe de personne incapables de faire quoi que ce soit par elles-mêmes qui décident collectivement que rien ne peut être fait. (W. Churchill).

Dans les entreprises, on aime organiser des réunions. On se réunit pour un oui ou pour un non, pour un briefing du lundi ou pour une réunion brainstorming, pour le comité bidule ou pour le study case X ou Y. Bref, on se réunit, surtout parce que ça donne l’air très occupé, et avoir l’air très occupé est un marqueur essentiel de crédibilité professionnelle.

Stop au PowerPoint : la réunionite - Nicolas Beretti

Principe bien connu de personal branding professionnel.

Depuis une trentaine d’année, l’évolution des pratiques managériales a mis au placard l’organisation hiérarchique verticale qui prédominait jusqu’alors pour laisser la place au fameux mode projet. Schématiquement, le mode projet est un système d’organisation assouplie dans lequel les compétences sont censées se croiser pour le plus grand bénéfice dudit projet.

Or, pour pouvoir croiser ces compétences, il faut organiser des réunions. Des dizaines, des centaines de réunions par mois. Une étude récente de la London School of Economics et de Harvard Business School menée auprès de 65 patrons de PME internationales a montré qu’un dirigeant passe en moyenne 18h par semaine en réunion. Comme il ne se réunit pas tout seul, ses cadres passent certainement au moins autant d’heures que lui à se réunir – d’autant plus qu’ils leur faut bien souvent préparer ladite réunion avec une autre réunion des N-1 et des N-2. C’est ainsi : une réunion en entraine d’autres (c’est la bien connue réunionite).

Pour rationaliser au mieux ces réunions, les entreprises ont donc rapidement cherché à adopter un outil de structuration des réunions. Dans cette noble mission, un logiciel s’est imposé dans l’imaginaire collectif comme le meilleur outil pour aller droit au but, à l’essentiel, sans perdre de temps en paroles inutiles : PowerPoint. Avec la force supposée de ses bullet points, la séquence rythmique de ses slides et ses inévitables « lois » prétendument efficaces (comme la règle ô combien stupide de « 1 slide – 1 minute »), PowerPoint a charmé les apôtres du productivisme. En 20 slides – 20 minutes, on allait pouvoir traiter n’importe quel sujet. Grossière erreur, au moins pour 2 raisons essentielles :

1- PowerPoint nuit gravement à l’intelligence collective.

Je traite cette question dans toute la première partie de Stop au PowerPoint !, donc je ne vais pas tout reprendre ici, mais pour résumer très brièvement, PowerPoint stérilise la créativité, tue la communication et enferme la réflexion dans une véritable prison cognitive, aux biais cognitifs très puissants. Même le créateur de PowerPoint, Robert Gaskins, l’avait prédit : « PowerPoint n’encourage guère la discussion et les débats »… Ce dessin de Tom Fishburne l’illustre d’ailleurs à merveille : Stop au PowerPoint - Nicolas Beretti

2- Le phénomène de paresse sociale joue à plein lors d’une réunion. 

Prenez un cheval de trait. Faites-le tirer une calèche. Son effort est à 100%. Ajoutez-lui un collègue cheval, et mesurez son effort : il n’est plus à 100%. Ce phénomène a été découvert par l’ingénieur agronome Maximilien Ringelmann en 1913, qui a reproduit l’expérience avec deux hommes tirant sur une corde. En mesurant la force déployée par chacun, il a découvert que chacun ne déployait que 93% de sa force potentielle. Avec trois hommes, l’effort tombe à 85% du potentiel, et au-delà de huit hommes, on atteint les…49%. C’est ce qu’on appelle la « paresse sociale« . Ce phénomène tout à fait logique – principe du moindre effort – apparait dès lors que l’effort individuel est dilué dans celui d’un groupe (l’aviron, par exemple). A l’inverse, dans la course de relais, qui met en lumière l’effort individuel, le phénomène n’apparait pas, chaque coureur donne son maximum puisque son effort est visible. Ce qui est intéressant, c’est que la paresse sociale touche aussi l’intellect. Prenez un cadre supérieur. Faites-le réfléchir à un problème. Prenez plusieurs cadres supérieurs. Faites-les réfléchir au même problème, mais ensemble. Non seulement l’effort individuel sera moindre, mais les solutions proposées par le groupe, parce que les responsabilités deviennent dès lors diluées, sont très souvent beaucoup plus risquées que si un individu seul – et responsable identifié – avait décidé. Ajoutez à cela l‘illusion de compréhension provoquée par PowerPoint, et vous avez en partie l’explication de ce qui s’est joué lors de l’accident de la navette spatiale Columbia.

Double conclusion : un outil qui rend stupide et une assemblée de paresseux ne peuvent pas conduire à prendre de bonnes décisions.

Si vous tenez impérativement à votre PowerPoint, lisez la 2ème partie de Stop au PowerPoint!, elle vous donnera toutes les clefs pour ne pas tomber dans les pièges que vous tend le logiciel. Et si vous voulez éviter à votre équipe de se transformer en collectif de paresseux, faites en sorte d’améliorer la visibilité des efforts individuels et favorisez la prise de responsabilités. Si l’on reprend l’exemple de nos cadres supérieurs, au lieu de les faire réfléchir ensemble à une solution, faites-les travailler chacun de manière autonome puis demandez-leur de présenter leurs idées devant tout le monde. Non seulement vous aurez nettement plus d’idées différentes (voire de rupture), mais en outre, chacun sera plus impliqué et plus motivé. La méritocratie sans PowerPoint, voilà l’avenir du mode projet!

Très bonne année 2013 à tous !

Pour en savoir plus :

Arrêtez de vous tromper ! de Rolf Dobelli

Stop au PowerPoint ! de Nicolas Beretti

Un sketch très bon sur la mort par PowerPoint

3 réflexions sur “Pourquoi les réunions PowerPoint ne peuvent pas fonctionner : paresse sociale et réunionnite

  1. L’idée de neutralisation de la dynamique d’émergence résume très bien le problème de la cage cognitive que peut constituer PowerPoint !
    Merci Olivier !

  2. Intéressant ce concept de paresse sociale ! Je propose deux points complémentaires :
    1. Ne pas mélanger réflexion collective et décision collective. Si on mélange les deux, c’est une catastrophe tel que décrit dans le billet ci-dessus. Mais si la réflexion est collective et la décision solitaire, on est à l’optimum.
    2. Powerpoint est un outil qui peut effectivement tuer une réflexion collective tout comme le metaplan ou le mind-mapping. Il s’agit d’outils rassurants pour l’intelligence logico-mathématique (point fort des ingénieurs). Ils donnent l’impression qu’on aura un livrable objectif, fiable. Cependant, ce sont de formidables machines à détruire les processus de co-création, co-contruction et finalement l’anti-intelligence collective par excellence. Ces outils tuent les capacités réflexives d’un collectif en neutralisant la dynamique d’émergence.

  3. Bonjour Nicolas,
    Globalement je suis d’accord avec le passage sur la paresse sociale et le reste mais je trouve qu’incriminer Powerpoint comme ça fait un peu syllogisme… On termine vite avec un raisonnement du type « les réunions rendent paresseux, on utilise Powerpoint aux réunions donc Powerpoint rend paresseux ».
    Vous connaissez celle du cheval de course bon marché j’imagine…😉

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