Le Blog de Nicolas Beretti

Un article de haute volée intellectuelle tous les 36 du mois.


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Le facteur clef de succès de Leetchi, Lima & KelBillet…

La semaine dernière, j’ai eu le plaisir d’être invité à Numa au pitch de plusieurs startups françaises dynamiques, rentables et à forte ambition, dans le cadre du concours TheNextWeb European Tech5. Ce concours, sponsorisé par Adyen, une entreprise « qui aurait aimé rester une startup mais qui ne l’est plus avec 70 millions d’euros de chiffre d’affaires » – selon les mots de son Directeur France – vise à détecter et sélectionner les startups les plus prometteuses de France. Sur les 5 startups qui ont pitché devant nous ce soir-là, j’ai bien entendu oublié le nom de 2 d’entre elles, mais il y avait, a minima: Leetchi (la cagnotte en ligne), Lima (le cloud à la maison) et KelBillet (comparateur de billets).

Les conditions de sélection sont assez simples, et pourtant déjà elles ont du entraîner un sacré tri:

– avoir généré plus de 500 000 euros de revenus en 2013

– avoir été créée en 2009 ou plus tard

– être implantée en Europe

– proposer son propre produit ou service (scalable business model), donc pas d’agences ou de consultants.

Ce dernier point est très important, car c’est celui qui distingue sommairement les business fondés sur la vente d’heures de travail (jour/hommes) de ceux fondés sur la vente d’un produit, procédé ou service potentiellement déconnecté du temps de travail.

Qu’est-ce qu’un business model « scalable »?

Un yaourt, un avion de chasse ou une lampe sont des produits scalables. Une fois conçus, leur production à la chaîne permet de générer des revenus qui ne seront pas proportionnels au temps de travail nécessaire pour les produire. A ce titre, un livre aussi est un produit « scalable »: une fois écrit et mis en vente, le niveau de revenu qu’il va générer ne sera pas nécessairement proportionnel aux heures de travail qu’il a nécessité pour être écrit, à la hausse ou à la baisse. C’est pour ça que les best-sellers – et la vie des auteurs qui vont avec – fait tant fantasmer: on imagine qu’ils ont du transpirer pour les écrire, puis, ensuite, se sont assis et ont encaissé les droits d’auteurs. N’ayant pas conçu ni vendu de yaourt ou d’avions de chasse, prenons l’exemple du livre pour illustrer, de mon premier livre pour être exact.

Exemple avec mon 1er livre:

Il m’a fallu 12 jours pour l’écrire + 10 jours (au jugé) de corrections et d’allers-retours avec l’éditeur. Admettons que je décide que mon travail vaille 500€ par jour (ce qui est en l’espèce assez inexact, vu que je l’ai écrit pendant mes vacances):

(12+10)x500= 11 000€.

Autrement dit, écrire ce livre m’aurait « coûté », dans cette optique, 11 000 euros (parler de « manque à gagner », en l’espèce, serait plus approprié). Etant donné qu’on peut compter que chaque livre vendu me rapporte 1,5 € (oui, c’est tout, déprimant, hein?), ce ne sera qu’après avoir vendu plus de 7 300 exemplaires que ce sera devenu un « produit » rentable. Heureusement, la plupart des auteurs (sauf, peut-être, ceux qui recyclent des histoires de vampires pour ados) n’écrivent pas un livre pour l’argent, mais plutôt pour la gloire, à la grande satisfaction des éditeurs.

Mais revenons à nos startups sélectionnées pour Tech5. Leur pitch, suivi d’une séance de questions/réponses, fut l’occasion d’échanger avec les fondateurs en toute tranquillité, un verre à la main. Votre dévoué reporter en a profité pour leur demander ce qui, à leurs yeux et après quelques années d’expérience, constituait LE facteur clef de succès de leur entreprise. Ce serait bête d’avoir tant de connaissances entrepreneuriales concentrées dans la même pièce sans en profiter, ‘spas ?

Les facteurs clefs de succès des startups qui cartonnent

Si, donc, je ne me rappelle que du nom de 3 startups sur 5 (Leetchi, Lima et KelBillet), j’ai en revanche noté leurs réponses, que je vous résume ici, des fois que cela vous serve dans vos propres entreprises ou startups:

  1. Ne pas lever de fonds tout de suite, et s’assurer que chaque euros dépensé en rapportera deux. Les levées de fonds prennent énormément de temps, et vous devez soudainement rendre des comptes.
  2. Cherchez à toujours, toujours faire mieux, en se posant la question: « dans 4 ans, serai-je fier de ce que je suis en train de faire là maintenant? », et soudez autour de vous une équipe fortement attachée à cet objectif.
  3. Restez concentré sur les retours utilisateurs, leurs usages et leurs objectifs ; à l’inverse, ne cédez pas à la tentation de vous disperser sur d’autres idées consommatrices de cash, de temps et d’énergie, ressources trop précieuses quand on débute.
  4. Ne rien lâcher, jamais, que ce soit sur le design, le commercial, le prix, l’embauche…la tentation du « moyen » est trop facile et finira par coûter cher tandis que la recherche de la qualité maximale finit toujours par payer.

 

Avant de vous laisser avec ces bons conseils, je précise que les ptits gars derrière Lima avaient initialement lancé une campagne de crowfunding sur Kickstarter pour lever 70 000$ et qu’ils ont levé en fait…1 300 000$. Je dis chapeau et leur souhaite bon vent – ils ont l’air super bien partis.

Et vous, si vous deviez voter pour l’une de ces 3 startups, laquelle choisiriez-vous ?

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Embaucher gratuitement Richard Branson, Steve Jobs, Tim Ferriss ou Kennedy

Que vous soyez chef d’entreprise, fondateur d’une startup ou manager d’une business unit, vous avez chaque jour une quantité non négligeable de décisions à prendre (à ce sujet, lisez ici comment vous fabriquer la To Do list la plus efficace du monde en 3 minutes). Parfois, ce sont des problèmes complexes à résoudre ou des décisions stratégiques : dois-je changer le nom de mon entreprise ? Doit-on attaquer tel marché, ou nouer tel partenariat ? Invariablement, vous aurez remarqué que dans ces moments-là, vous êtes bien…seul. C’est à vous seul qu’incombe de prendre la décision, et c’est à vous d’en assumer les conséquences. C’est parfois un brin stressant, j’en conviens – pour l’expérimenter à peu près tous les jours.

Vous êtes seul à décider ? Entourez-vous de superstars du business.

Tous les entrepreneurs n’ont pas forcément la chance ni les moyens de s’entourer d’un board de conseillers ou de directeurs à même de les aider dans leurs choix et décisions quotidiens. Le commun des entrepreneurs, particulièrement dans les startups, n’a pas la possibilité de rémunérer ou même d’intéresser des stars du business et de les faire venir à leur board de conseillers. Donc, que faire pour ne plus être seul et bénéficier de conseils inestimables venant de personnalités éminemment reconnues ? C’est ici qu’intervient une petite technique que je trouve très intéressante si elle mise en oeuvre sérieusement, qu’on appellera ici le « SchizoBrainstorming » (première mondiale, s’il vous plait).

La schizophrénie comme mode de management de projet

Bien que j’utilise ici le mot schizophrénie à tort (il faudrait plutôt parler de Troubles Dissociatifs de l’Identité, mais ça sonne tout de suite moins bien), on s’en contentera pour la simple et bonne raison que pour la plupart des gens, y compris votre serviteur avant de me pencher sur le sujet, la schizophrénie et les troubles dissociatifs de la personnalité (autrement dit, être plusieurs dans sa tête) sont une seule et même maladie. On va donc garder le terme « schizo » pour plus de clarté.

Le cerveau humain est capable de bien des prouesses, et notamment dans sa capacité d’imagination, formidablement puissante et sous-exploitée dans nos sociétés post-modernes ultra-rationalistes, où Excel et PowerPoint dominent la pensée mondiale. Le SchizoBrainstorming va venir précisément s’appuyer sur les capacités d’imagination du cerveau pour permettre à n’importe qui de « penser » comme le ferait un autre, en l’occurrence un Steve Jobs ou un Richard Branson par exemple, et de trouver ainsi des idées et des solutions auxquelles il n’aurait jamais pensé en restant simplement « lui-même ». Le tout dans l’idée, bien entendu, d’être plus efficace et plus créatif dans sa gestion de projet ou sa résolution de problème. 

En effet, notre façon de penser est engoncée dans un tas de règles plus ou moins fortes, plus ou moins conscientes, imposées par notre éducation, l’organisation à laquelle on appartient (cf la loi de Conway), voire même sa culture, sa famille, sa classe sociale…Devant un problème, on va donc naturellement avoir tendance à chercher des solutions suivant une logique similaire à chaque fois. On va traiter l’information suivant le même schéma cognitif, en s’appuyant sur sa propre expérience passée. Or, puisque les mêmes causes produisent les mêmes effets, penser toujours de la même manière n’est pas nécessairement une bonne chose quand il s’agit d’imaginer des solutions ou des idées radicalement nouvelles. Comment dépasser cette limite cognitive qu’on s’impose à soi-même ? Par le SchizoBrainstorming. 

Rien de sorcier là-dedans, il s’agit juste d’utiliser les principes des jeux de rôle et de les implémenter dans le business. Vous souvenez-vous lorsque, étant petit, vous « deveniez réellement » le personnage que vous jouiez (le gentil chevalier, la princesse, le ninja, le superhéros…) ? Les enfants ont une formidable capacité à « oublier » le réel le temps de leurs jeux, ce qui leur permet de se glisser dans la peau de leurs personnages très facilement. Ils « vivent » ainsi leurs aventures imaginaires intensément, sous les yeux jaloux des adultes qui, finalement, avec leur costume-cravate et leurs ordinateurs, font exactement la même chose, mais ont oublié qu’il ne s’agissait que d’un rôle et restent coincés dans leur personnage imaginaire (voir du côté d’Erving Goffman pour illustrer ce point). 

Construisez votre Board imaginaire

Imaginez qu’à votre table, en l’espace de 5 minutes, viennent s’asseoir Richard Branson, Kennedy, Steve Jobs, Eisenhower ou Einstein. Vous leur expliquez votre situation ou votre problème, et vous leur demandez de plancher sur une solution. Puis, tour à tour, vous leur faites prendre la parole. Puis vous écoutez comment, considérant leur expérience respective et leur manière d’appréhender le monde, ils auraient géré le problème à votre place. Ce serait quand même sacrément pratique, avouez-le. Eh bien c’est ce que nous allons faire. Nous allons utiliser la capacité de votre cerveau à générer des idées que vous ne pensiez même pas avoir en le libérant simplement de sa cage cognitive habituelle. Le SchizoBrainstorming, de ce point de vue, est une sorte de clef de libération de votre pensée et de votre imagination, rien de plus. Comment construire votre board, très concrètement ?

Mode d’emploi d’une session de SchizoBrainstorming

Installez-vous confortablement à votre bureau. Isolez-vous pour plus de concentration. Si vous voulez pousser l’exercice, installez-vous réellement dans une salle de réunion et disposez des photos de vos idoles du business autour de la table. 

SchizoBrainstorming

Si votre chien vous semble à même de résoudre votre problème de business stratégie, invitez-le à votre session de SchizoBrainstorming. Sinon, redéfinissez votre problème.

1. Créez une Mind Map de vos personnages

Le Mind Mapping est ici un outil idéal qui vous permettra de laisser votre créativité s’exprimer librement, tout en recueillant vos idées au fur et à mesure qu’elles seront générées. Construisez une carte de ce genre, avec vos propres icônes du business : 

Mind Map de Schizobrainstorming

2. Indiquez, pour chaque personnalité, leurs principales caractéristiques  –

Ce sont ce pour quoi, finalement, ils sont devenus ce qu’ils sont devenus : audace, méthode, obsession, stratégie… Ce sont aussi les raisons pour lesquelles vous les trouves intéressants et les avez « conviés » à votre board.

3. Laissez-vous envahir par votre board

Imaginez réellement – faites l’effort – que vous êtes pour de vrai en face de ces gens-là, qu’ils vous parlent et vous regardent. Si vous ne faites pas cet effort, votre imagination ne pourra pas s’activer. Pensez, à ce stade, à votre concentration d’enfant lorsque vous jouiez à tel ou tel jeu. A cette époque, vous n’aviez aucune difficulté à vous mettre dans la peau d’un personnage fictif. Donc, vous savez le faire. Faites-le. Vous êtes bien assis en face de Steve Jobs, et vous voyez son pull noir à col roulé, son jean, sa barbe poivre et sel, et ses petites lunettes rondes. Tim Ferriss, à côté, est en t-shirt relax et vous sourit, renversé sur sa chaise. Richard Branson se recoiffe un peu et remet en place le col de sa chemise blanche, puis se tourne vers vous et vous encourage à leur présenter votre problème. Vous entendez le bruit de leurs mouvements. Ils sont bien là, avec vous.

4. Notez les idées que chacun exprime face à votre problème

Puisque vous avez mis en lumière certaines de leurs caractéristiques, en repartant du noeud central (votre problème à résoudre) et en suivant « leur » schéma de pensée. Mettez vous dans le schéma mental de chacun d’entre eux, l’un après l’autre, et sur votre Mind Mapp, notez toutes les idées que cela va générer. Ainsi, par exemple:

Tim Ferriss vous conseillera d’aller chercher en Inde un assistant virtuel doué et peu coûteux pour vous permettre de libérer du temps.

Richard Branson vous conseillera de donner à votre marque un ADN particulier et de l’insuffler à vos collaborateurs, vos produits, vos services, votre logo.

Steve Jobs vous suppliera de simplifier, simplifier, et simplifier encore votre produit, son design, sa fonction, son site web…Il vous poussera vers le Beau.

Newton prendra votre problème et en renversera la perspective : non, ce n’est pas un souci avec le produit, mais plutôt un souci avec le Pourquoi de votre activité.

– Etc…

Le SchizoBrainstorming vous permet de « sortir » de vous-même et de vos habituels schémas de pensée, et vous aide à générer des idées que vous ne pensiez même pas avoir. Non pas qu’elles apparaissent subitement : elles sont déjà en vous. Simplement, elles étaient bloquées. En laissant quelqu’un d’autre, même imaginaire, les dire à place, votre cerveau n’a plus à casser tout votre système de pensée. C’est un tour de passe-passe cognitif, mais ça marche. C’est nettement moins « douloureux » pour lui d’inventer un interlocuteur pour faire passer une idée radicalement nouvelle pour vous, plutôt que de remettre en cause 20, 30 ou 40 ans d’éducation et d’expérience…

Dernier avantage du SchizoBrainstorming : cela ne coûte rien en charge sociale ou en tickets de présence. Et vos superstars sont disponibles à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Pourquoi ne pas essayer si ça ne coûte rien et que vous avez tout à y gagner ? 


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Journalistes, le redressement productif peut aussi passer par vous !

journalistes et startupAlors qu’Arnaud Montebourg vient d’annoncer vouloir relocaliser l’industrie de la santé en France et favoriser l’innovation dans le secteur de la santé, j’aimerais, en tant qu’entrepreneur dans le domaine, attirer l’attention des journalistes sur l’immense influence qu’ils peuvent avoir sur le succès – ou l’échec – d’une innovation. Et donc sur la création d’emplois en France.

Aux Etats-Unis, la culture entrepreneuriale et le goût du risque (proportionnel aux gains espérés) est telle qu’une startup technologique peut réussir relativement facilement des levées de fonds faramineuses. Avec en caisse des dizaines de millions de dollars, elle peut alors financer non seulement sa phase de R&D et de développement, mais également sa stratégie de communication. Car c’est bien beau d’avoir inventé un produit intéressant, encore faut-il que le monde en apprenne l’existence – c’est le rôle de la communication.  Lire la suite