Comment publier son mémoire ? (extrait du livre Le Mémoire de Master vite fait bien fait)

convaincre l'éditeurSi vous voulez convaincre un éditeur de vous publier à compte d’éditeur (c’est-à-dire que ce n’est pas vous, auteur, qui allez financer la publication), il vous faudra le rassurer sur plusieurs points. Pour rentrer en contact (via la personne en charge de la collection qui vous concerne), le plus efficace consiste à écrire un courrier, le plus concis possible, expliquant votre projet d’ouvrage tout en levant les craintes inhérentes au métier d’éditeur. Présentez votre ouvrage tout en rassurant clairement sur les points suivants :

1/ La capacité de votre thématique à intéresser un public : c’est la base de votre argumentation. C’est ici, peut-être, que le sujet de l’influence réciproque de la musique baroque à l’époque pré-colombienne aux abords du lac de Genève trouvera ses limites les plus commerciales. Lorsque vous expliquez en quoi votre sujet intéressera l’éditeur, tâchez de « prouver » ce que vous avancez : si vous avez réellement travaillé sur un Sujet de Niche à Potentiel, alors vous pourrez présenter les articles de presse, émissions, livres étrangers et autres actualités qui parlent de votre sujet. Vous prouvez ainsi que la thématique existe, génère des reprises dans la presse, intéresse les médias, a abouti à la publication d’un ou plusieurs livres dans d’autres pays… C’est un premier élément concret qui indique à l’éditeur l’existence potentielle d’un « marché » pour votre livre. N’hésitez absolument pas à agrémenter votre discours de données chiffrées : taille de votre « marché cible », pouvoir d’achat moyen, typologie de consommation..Votre livre est une start-up dont vous êtes le fondateur, soyez-en le meilleur vendeur auprès du fonds d’investissement qu’est l’éditeur !

2/ Votre capacité à vendre vous-même votre livre. Si l’éditeur possède généralement son propre service promotionnel, il vous demandera malgré tout comment vous comptez assurer la promotion de votre livre, que ce soit à la sortie comme sur le long terme – les livres professionnels se vendent généralement sur le long terme, car ils ne sont pas tellement soumis aux effets de mode. Vous devrez présenter le « plan de communication » qui vous permettra de faire parler de votre livre : site Internet dédié, page Facebook, relais Twitter, communiqués de presse, relations personnelles influentes qui pourront parler de votre livre… tout est bon pour qu’on en parle. Généralement, les éditeurs apprécient que l’auteur donne des conférences, car elles sont d’excellents vecteurs de promotion des ouvrages. L’auteur présente ses thèses à plusieurs dizaines de personnes, et pour peu que la librairie la plus proche ait été livrée de quelques-uns de ses ouvrages, il pourra facilement glisser à son auditoire que son livre est disponible au coin de la rue. C’est la raison pour laquelle il vous a été conseillé plus haut de proposer vos interventions à votre Ecole ou votre Université : ce sera aussi le moyen d’assurer quelques ventes. On « vend » généralement quelques ouvrages à chaque conférence, pour peu qu’on sache s’y prendre, et sur quelques années, à force de 10 ou 15 livres vendus par mois avec quelques conférences, vous finirez par vendre 1 000 ou 1 500 livres, ce qui sera un score plutôt honorable, même si cela peut vous sembler faible.

3/ Votre capacité à pré-vendre votre ouvrage. Il y a quelques années, vendre des livres pouvait être une activité économiquement rentable. Aujourd’hui, c’est autre chose, et bien souvent, l’éditeur, pragmatique, vous demandera de pré-vendre votre livre, souvent une pré-commande de l’ordre de 300 livres. Comment faire ? Il y a plusieurs solutions à cela. Vous pouvez faire acheter à votre famille des dizaines d’exemplaires du livre, mais vous n’aurez que difficilement 300 commandes – à moins de forcer un peu la main de votre grand-mère. Une autre piste est de proposer à une entreprise – que vous aurez rencontrée lors de vos phases de recherches, et à laquelle vous aurez envoyé votre mémoire terminé – d’acheter ces 300 exemplaires, où elle pourra apposer son logo, intégrer une préface personnalisée, et qu’elle offrira en cadeau d’entreprise à ses clients ou salariés. Pour une entreprise, offrir à ses clients un livre aux couleurs de sa marque et qui parle d’un sujet relatif à l’activité de la société est un investissement très faible en valeur (une poignée de milliers d’euros), en temps (le livre est déjà écrit par vous, donc elle n’aura pas à mobiliser un employé pour l’écrire) et en risque (un livre déplaît rarement à la personne à qui il est offert). En revanche – ceci pourra vous servir pour convaincre l’entreprise en question – un livre d’entreprise, bien écrit et intéressant, sur un sujet porteur, possède un fort retour sur investissement comparé aux traditionnels et inutiles porte-clefs ou autres clefs USB, car il crée un potentiel de relation avec le client ou prospect, et valorise en tous les cas le bénéficiaire du cadeau : on n’offre pas un livre intelligent à un prospect sous-doué…

***** Comment j’ai prévendu mon premier livre *****

C’est l’éditeur de mon premier livre qui m’a appris que l’on pouvait prévendre un livre, et que les entreprises étaient parfois tout à fait acheteuses d’un nombre conséquent d’ouvrages sur lesquels apposer leurs logos. C’est pour elles un investissement intelligent et peu risqué, généralement destiné à un public interne ou à leurs clients. Pour prévendre mon livre « Stop au PowerPoint », il m’a donc fallu trouver quel type d’entreprise aurait intérêt à offrir ce livre à ses clients. J’ai alors découvert une agence spécialisée en conception de présentations (dont des présentations PowerPoint…) qui avait une approche plutôt pertinente de l’art de la présentation. J’ai donc proposé au directeur de cette agence d’être cité comme « expert » dans mon livre, au travers de plusieurs encadrés intitulés « L’avis de l’expert », dans lesquels il pourrait partager ses conseils et  ses opinions de professionnel. Comme il n’est jamais néfaste pour la réputation de quelqu’un d’apparaître comme un expert dans un livre, il a donc accepté, en échange de quoi il a fait acheter par son entreprise 300 exemplaires de mon livre en y ajoutant le logo de cette dernière. Considérant que le livre a été plusieurs semaines en tête des ventes sur Amazon dans sa catégorie, le nom de cette entreprise de présentation a été donc vu par des milliers de lecteurs, ce qui en fait un bon vecteur de communication et c’est là-dessus que j’ai compté pour le convaincre. Sachez enfin que pour une entreprise, acheter 300 exemplaires d’un livre est un investissement tout à fait anecdotique, ne soyez donc pas impressionné par le montant total du chèque. Mais pour l’éditeur dudit livre, c’est une assurance qu’au moins 300 exemplaires sont déjà pré-vendus, et dans le contexte actuel de l’industrie du livre, c’est toujours une bonne chose.

Lorsque vous aurez réussi à lever tous les freins et les doutes de l’éditeur, il sera temps de le rencontrer pour parler de la publication. Puis viendra le temps de la négociation du contrat d’auteur : sur ce point, n’espérez pas faire fortune avec votre livre. Au mieux, il vous permettra de vous offrir quelques bons restaurants. En revanche, les conférences, interventions et formations que votre livre vous permettra d’effectuer pourront, quant à elles, vous apporter quelques revenus complémentaires. Mais le principal bénéfice d’avoir publié un livre est que votre compétence sur ce qui était initialement un simple sujet de mémoire devient officiellement reconnue. Ce changement d’échelle vous ouvrira à coup sûr de nouvelles portes et de nouvelles perspectives : votre CV passera plus facilement en haut de la pile, on vous proposera d’écrire des articles, vous pourrez être interviewé par des médias plus ou moins spécialisés, consulté par des entreprises pour assurer des formations…

Inutile de vous rappeler qu’à l’instar de votre mémoire, le prétexte de l’écriture du livre est idéal pour contacter des personnes que vous ne pouvez en temps normal ne serait-ce qu’approcher à moins de 100 mètres. Si le mémoire vous permettait de ne pas susciter la moindre méfiance avec les professionnels qui, dans l’ensemble, aiment parler de leur métier, se présenter comme en train d’écrire un livre (un vrai, avec un éditeur) vous ouvrira carrément en grand les portes de leur bureau . Tout simplement parce que derrière le livre se cachent des lecteurs. Et que si le lectorat d’un simple mémoire de Master est et restera à jamais confidentiel, celui d’un livre peut atteindre des sommets de manière totalement inattendue (le désormais célèbre livre «d’économie saugrenue», « Freakonomics », en est une criante illustration : les auteurs ne pensaient en vendre qu’une dizaine, il s’en est vendu des dizaines…de millions, et un film en a même été tiré!). Pour le professionnel que vous contactez, lui parler d’un livre dans lequel il pourrait être cité ou interviewé, ainsi que le fait que vous avez déjà trouvé et signé avec un éditeur, tout ceci lui rendra difficile de ne pas vous recevoir. A vous de jouer, ensuite, pour placer vos cartes et tirer le meilleur parti de ce type de rencontres…vous n’écrirez a priori pas un livre tous les jours, profitez-en.

Et la suite, alors ? Elle est là !

Les investisseurs sont-ils nuls ?

Un article paru dans Challenges et faisant état du « problème Zuckerberg » illustre à merveille à quel point les investisseurs boursiers sont incroyablement à côté de la plaque. 

Résumé des faits : l’introduction en Bourse de Facebook a déçu les investisseurs et les actionnaires, pour qui la chute du cours de l’action Facebook est inacceptable et due à des informations d’introduction trompeuses.

Première remarque : les gars, si vous voulez gagner à tous les coups et sans prendre de risque, il y a le Livret A. Si vous voulez parier sur l’IPO d’une valeur aussi colossale et opaque que Facebook, assumez les risques. Pas besoin d’être devin pour calculer qu’un titre qui s’échange 47 fois les bénéfices annuels estimés (16 fois pour…Apple ou Google) a de fortes chances d’être surestimé, surtout pour une boite dont le business model reste à définir clairement.

Ensuite, et c’est là qu’on touche le fond, des investisseurs installés et réputés râlent dans Challenges à propos du comportement « immature » et « autocrate » du fondateur de Facebook :

« Il n’en fait qu’à sa tête et il envoie le mauvais message avec son comportement d’adolescent : sa priorité est de changer le monde, alors qu’il devrait faire progresser le cours de l’action ! »

Je suis absolument estomaqué par la stupidité de cette remarque, pour deux raisons :

  1. L’étroitesse de vue de cet investisseur fait froid dans le dos. « Changer le monde » n’est donc pour lui qu’un passe-temps pour adolescent immature, et « faire progresser le cours de l’action » est sa seule préoccupation. « Changer le monde » est précisément la plus belle et la plus nécessaire, surtout en ce moment, des ambitions ! Mais non, ces parasites officiels de l’économie qu’on appelle les financiers, qui créent de l’argent avec de l’argent, non avec leur talent ou leur travail, n’en voient même pas l’utilité ! Quand je pense que ce sont ces mêmes investisseurs qui font danser nos gouvernants avec la menace de la dette, ou qui obligent une entreprise à licencier pour faire « progresser le cours de l’action », ça fait froid dans le dos.
  2. C’est précisément parce que cet adolescent immature et autocrate de Zuckerberg s’est donné comme ambition de « changer le monde » en créant une entreprise milliardaire employant quelques milliers de personnes, que des armées de petits analystes financiers (comme le râleur cité plus haut) existent et peuvent manger. Ces gens-là ont autant de mérite que les critiques littéraires : ils n’ont pas le talent pour écrire mais existent uniquement grâce aux écrivains qu’ils aiment étriper dans leurs critiques.

En lisant cet article, je pensais que la bêtise maximale était atteinte. Mais non ! Nos amis de la finance ont de la ressource dans le domaine. Plus loin, un autre persifle à propos du sweat à capuche que portait Mark Zuckerberg lors de son roadshow précédant l’IPO :

« C’est une marque d’immaturité. Il doit réaliser qu’il fait entrer les investisseurs comme partie constituante de sa société, et qu’il doit leur montrer le respect qu’ils méritent parce qu’il leur demande de l’argent. »

Ainsi donc, dans notre monde moderne si intelligent, ce n’est pas au financier – qui ne fait rien d’autre qu’investir l’argent des autres – de montrer du respect aux entrepreneurs – qui investissent leur argent, leur vie et toute leur énergie – mais l’inverse… Dans le monde complètement dépassé des investisseurs, les rois, ce sont eux, simplement parce qu’ils ont la main sur le carnet de chèque.

C’est à eux de réaliser que lorsqu’une start-up s’introduit en Bourse, c’est eux qui ont la chance d’embarquer dans une aventure où la plupart des risques ont déjà été pris par un seul type ou par une équipe réduite, ayant eu suffisamment de génie pour passer de l’idée à la réussite ; une aventure où bien souvent, les mêmes investisseurs regardaient de haut les jeunes entrepreneurs en early stage, leur disant par exemple que jamais un service de micro-blogging en 140 caractères n’aurait le moindre avenir…

Cet article de Challenges est révélateur de la fracture profonde entre le monde de la finance et l’entrepreneur. Heureusement qu’il existe des gens assez talentueux pour tenir bon face à ces prétentieux de financiers, et pour s’obstiner à vouloir « changer le monde ». Pour un Jack Dorsey ou un Steve Jobs, combien d’entrepreneurs rêvant de changer le monde ces investisseurs ont-ils déjà détruits ?

Vous n’avez rien à dire ? Faites-en un PowerPoint !

Dave Paradi, un consultant canadien spécialisé en PowerPoint, effectue tous les ans une étude destinée à déterminer les facteurs d’ennui d’un PowerPoint. En d’autres termes, il vous livre une recette implacable pour tuer l’attention de votre public, ce qui peut s’avérer fort utile si vous n’avez rien à dire. Voyons un peu comment réduire les malheureux qui vous écoutent à un niveau d’activité cérébrale digne de nos amis lolcats.

PowerPoint ennuyeux - Lol cats - Stop au PowerPoint

L’étude de Dave Paradi, qui porte d’ailleurs bien son nom («The Annoying PowerPoint Survey»), classe les trucs les plus ennuyeux avec PowerPoint :

  1. L’orateur qui lit ses slides : 74%
  2. Des longues phrases rédigées au lieu de bullet points : 51%
  3. Texte trop petit : 48%
  4. Slides illisibles à cause du choix des couleurs : 34%
  5. Graphiques et diagrammes trop complexes : 26%

Dans un pamphlet visionnaire et désormais célèbre (que vous pouvez télécharger gratuitement), Rafi Haladjian déclare quant à lui que « si la religion était l’opium du peuple, PowerPoint est celui du cadre », car selon lui PowerPoint est un outil « d’anesthésie ».

Allez, pour paraphraser cette belle citation criante de vérité, je vous ai préparé un petit PowerPoint…

Mort par PowerPoint - powerpoint ennui - Stop au PowerPoint

(PS : slide inspirée d’une slide anglo-saxonne dont je n’ai pas retrouvé le blog d’origine…)

PowToon : quand Roger Rabbit dépoussière vos vieilles slides PowerPoint

Connaissez-vous PowToon ?

Comme sa baseline l’indique, PowToon a pour ambition de proposer un remède de cheval contre l’ennui qui règne dans le monde propre et lisse de PowerPoint.

Oui, mais comment ? 

En ajoutant un brin d’awesomeness à vos présentations. Ceux qui ne sont pas familiarisés avec la notion d’awesomeness, je vous invite à aller prendre un cours accéléré ici avec le maitre incontesté de la chose. Concrètement, et comme indiqué dans le titre de cet article, PowToon vous permet de créer facilement des présentations animées dans une franche ambiance cartoon. Comme si Tex Avery avait croisé le chemin de Bill Gates. Ou Roger Rabbit. Enfin, vous avez saisi.

Plutôt que de vous parler deux heures du concept, je vous laisse voir par vous-même ce que ça donne :

Mais encore ?

Il y a eu PreziThePit.ch, il y a PowToon, il y en aura certainement d’autres (je suis tombé il y a peu sur une startup française qui bossait sur un nouvel outil de présentation, mais je ne me souviens plus de son nom – si vous le connaissez…).

Ce qui est à mon sens intéressant dans tout ça, mis à part le fait qu’on va pouvoir créer tout un tas de nouvelles présentations rigolotes pour finalement dire du mal de PowerPoint, c’est qu’il y a clairement une volonté massive de trouver des alternatives au logiciel de Microsoft. La vraie question : Microsoft et Apple vont-ils rester les bras croisés, confiants dans l’hégémonie absolue de leurs logiciels, ou bien vont-ils préventivement racheter ces bouillonnantes startups avant qu’elles ne prennent trop de place ?

L’avenir de PowToon

Bien que particulièrement convaincu de la fin prochaine de PowerPoint, j’ai tendance à penser que PowToon se limitera à des sphères privées et à des présentations online de startups (qui ont pour raison d’être de dépoussiérer le passé). En revanche, j’ai un peu de mal à imaginer, demain, des CEO en cravate présenter aux investisseurs leurs futurs plans de restructuration à coup de dessins animés…

Le mot de la fin

– Prezi, PowToon, et les autres… c’est une révolte ?

– Non sire, c’est une révolution.

Du moins, c’est ce qu’on peut souhaiter.

Du consultant, et de l’art de consulter

Le consultant : « A la suite de notre audit, j’ai le plaisir de vous annoncer que tout va bien dans votre société et que nous n’avons par conséquent aucun conseil à vous vendre ».

Consultant, de l'art de consulter

Situation de pur fantasme pour tout client qui a un jour eu à faire à un consultant. Avec un consultant, il y a toujours quelque chose à régler, une recommandation à donner, une méthode à mettre en oeuvre ou un modèle à appliquer. Tout simplement parce qu’un consultant qui ne dégotte pas un problème à régler n’a rien à vendre par la suite.

Vous allez me dire : il y a toujours un problème à régler quelque part. Je vous répondrais : certainement, mais tous ne nécessitent pas nécessairement un consultant pour y parvenir. Les entreprises vivaient très bien avant l’avènement des consultants.

Aujourd’hui, il doit y avoir plus de consultants que d’entreprises à consulter…

Or donc, quel est l’intérêt principal d’un consultant ?

Comme il n’appartient pas à l’entreprise, c’est son oeil externe qui intéresse, c’est à son regard a priori neuf et théoriquement impartial qu’il est fait appel.

Et quelle est la limite principale d’un consultant ?

On lui demande d’être impartial avec la main qui le nourrit. D’une certaine manière, c’est le même problème qui se pose avec les agences de notation, rémunérées par les entités mêmes qu’elles sont censées noter objectivement. Comment le conseil donné par le consultant peut-il être objectif alors même qu’il déterminera probablement le montant futur des honoraires facturés ?

Après plus de 2000 ans de retours d’expérience quant aux effets de l’argent sur l’intégrité et la probité humaines, il serait naïf de croire que le consultant échappe, seul et fier, à la règle.

Le consultant est donc un professionnel dont l’intérêt est de vous trouver un problème pour pouvoir vous vendre ensuite ses solutions.

Toute l’astuce consiste donc à convaincre le client qu’il y a un réel problème, et que le consultant détient la solution – ça tombe bien, il y a PowerPoint.

C’est sur cette même logique que fonctionne finalement la publicité, en montrant des gens trop beaux pour être vrai, des vies trop parfaites, trop riches et trop clinquantes, tout ceci afin que la nôtre paraisse si terne et si ennuyeuse en comparaison que l’on finit par être convaincu que c’est en consommant leurs produits qu’on se sentira mieux. La méthode publicitaire, pour résumer, est un simple matraquage de messages consistant à répéter que nous ne sommes pas uniques, pas à la pointe du progrès, pas connectés, pas élégants, pas en forme, si nous ne possédons pas telle voiture, telle tablette, tel téléphone, tel vêtement, tel silhouette, etc..

La méthode du consultant, qui lui ne peut pas matraquer son client 3h32 par jour, doit donc être à la fois plus fine et plus percutante, car il n’a en général qu’une seule chance de vendre ses « remèdes ». Il doit donc faire forte impression, faire mouche rapidement et efficacement.

Pour cela, quelle meilleure stratégie que celle de chercher à enfumer quelque peu ledit client, mais le plus sérieusement et le plus professionnellement du monde ?

Là où le magicien utilise de la fumée pour masquer ses trucs, là où le politicien recourt aux formules creuses pour ne pas répondre à la question posée, le consultant, lui, utilise PowerPoint pour masquer le vide souvent abyssal de ses « recos ».

Exactement comme les officiers de l’armée américaine, qui avouent utiliser PowerPoint avec les journalistes pour « noyer les poulets » et éviter les questions potentiellement embarrassantes. Le consultant doit réussir un véritable tour d’illusionniste, dont il n’a souvent lui-même plus conscience, tellement il s’est convaincu lui-même de la pertinence du contenu des slides qu’il ânonne à longueur de journée.

PowerPoint désastre - Stop au PowerPoint - Nicolas Beretti

*****

Les plus taquins d’entre vous me diront : tu es gonflé d’écrire ça, tu as mis en lumière dans un livre un problème, et tu proposes ici des solutions, comme un consultant !

Je leur répondrais deux choses:

– J’aurais fait exactement la même remarque à leur place, elle était vraiment trop tentante.

– Je ne vends pas de conseils ; je propose une lecture différente de la manière moderne de travailler…libre à chacun, par la suite, d’en faire quelque chose, ou de n’en rien faire.

Steve Jobs: « I hate the way people use slide presentation instead of thinking »

« I hate the way people use slide presentation instead of thinking »

steve-jobs-présentations-keynote-Stop au PowerPoint

Peu après son retour chez Apple, voilà une bien juste phrase du regretté fondateur de la marque de Cupertino :

“I hate the way people use slide presentations instead of thinking. People confront a problem by creating a presentation. I wanted them to engage, to hash things out at the table, rather than show a bunch of slides. People who know what they’re talking about don’t need PowerPoint.”

Je pense qu’il est inutile de commenter cette citation, par ailleurs tirée de ce savoureux article que m’a gentiment indiqué Nico.

Ou alors, je vous en fais un slideshow bien léthargique…

Choisir n’est pas renoncer

Aujourd’hui, cet article a surtout pour but de m’obliger à écrire noir sur blanc ce qui m’apparait de plus en plus comme une de ces vérités qui doivent impérativement être gardées en mémoire. Au cas où certains profils aient les mêmes mauvaises habitudes que moi, je crois que la suite pourra les aider (un peu). J’ai passé un peu plus d’une heure à discuter avec Alain Bloch, patron d’HEC Entrepreneurs et des Business Angels d’Arts et Métiers, et je lui ai posé entre autre une question : qu’est-ce qui fait qu’un entrepreneur réussit ? Sa réponse est la raison pour laquelle j’écris cet article.

Comme beaucoup, j’ai tendance à avoir pas mal d’idées, sur tout et sur rien, en permanence. C’est à la fois très chouette, et à la fois très pénible. Chouette parce qu’avoir une nouvelle idée de business ou de livre tous les matins donne la pêche et l’envie de conquérir le monde. Mais c’est aussi pénible, parce que dès que vous avez entamé quelque chose, une nouvelle idée vient rendre la précédente totalement caduque et périmée. Au final, vous ne faites rien à fond et par conséquent, rien ne peut donc vraiment réussir.

A ceux qui, me voyant partir dans toutes les directions à la fois, me répétaient depuis des lustres : « Nicolas, arrête de te disperser! » je répondais fièrement que « choisir, c’est renoncer, et je n’aime pas renoncer ».

Je dois admettre que si cette réponse avait un certain panache, elle avait bien plus sa place dans un film américain que dans la vraie vie. Car à la suivre, j’ai été incapable de me focaliser sur quelques objectifs seulement. Ce que je n’ai pas compris, c’est qu’il vaut mieux choisir un objectif, tout donner, l’atteindre, puis passer à autre chose, plutôt que chercher à tout faire simultanément.

Aussi, je voudrais apporter une légère correction à cet adage idiot : « Choisir, c’est renoncer ».

Non, choisir n’est pas renoncer. C’est totalement l’inverse. Ne pas choisir, c’est renoncer à aller au bout de ce que l’on souhaite réussir. Ne pas choisir, c’est saboter dès le départ ce que l’on croit vouloir réussir. Car ne pas choisir, c’est ne pas se donner les moyens de sur-performer.

Alain Bloch me disait que réussir à créer une entreprise qui fonctionne est à peu près aussi difficile que faire les Jeux Olympiques pour un sportif du dimanche. Si on ne se donne pas tous les moyens, et même au-delà, pour y parvenir, alors on n’est tout simplement pas entrepreneur. Pas de mal à cela, il faut de tout pour faire un monde.

Comme j’ai dans la tête de réussir l’aventure entrepreneuriale que j’ai entreprise, je me suis écrit sur un bout de papier une check list pour décider (et si possible, prendre la bonne décision). Afin que l’angoisse du choix inévitablement conclu par un non choix soit remplacé par un réflexe sain et constructif de prise de décision et d’action.

Cette check list commence par rappeler que « Choisir, c’est avancer » (pour vraiment oublier l’ancien proverbe).

Puis, pour choisir, voici une petite discipline que je vous propose, à suivre dans cet ordre :

  1. Acquérir d’abord le niveau de connaissance minimal dans le champ de la décision à prendre.
  2. Demander des conseils à une personne référante ayant une expérience légitime dans le domaine de la décision à prendre.
  3. Procéder à une analyse rationnelle de la situation intégrant les informations précédentes.
  4. Interroger son intuition.
  5. Prendre la décision.

 

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de vérifier que sans cette discipline, les décisions que l’on prend sont souvent les mauvaises. Dans le domaine de l’industrie de la technologie médicale (la start-up dont je suis associé) notamment, une mauvaise décision peut avoir des conséquences catastrophiques. Par contre, j’ai remarqué qu’en suivant cette logique, bien souvent le choix était le bon.

Et j’ai pu avancer. Choisir n’est pas renoncer; choisir, c’est avancer.

Et qui sait où le chemin peut mener ?