Le Blog de Nicolas Beretti

Avec de l'entrepreneur et de l'auteur à l'intérieur

Allégorie du Piège de la Passion
©NicolasBeretti

The first step to find your passion is to not give a fuck about finding your passion

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Il y a quelques jours, j’ai été invité à donner une conférence TED-like chez Thalès, devant une centaine de jeunes ingénieurs. Le truc m’intéressait énormément car le sujet que je leur ai proposé portait sur ce qui pourrait être mon 3ème livre – si un jour je me décide à l’écrire, à savoir, arrêter de subir sa vie et en devenir le maitre. Vaste sujet maintes fois traité par des gens bien meilleurs que moi, mais je n’arrive pas à me résoudre à arrêter d’y travailler. Or donc ce talk de 10min chez Thalès pouvait me fournir un excellent moyen de tester le speech que j’avais rédigé quelques jours avant dans un TGV. Bien entendu, je n’avais pas pu le répéter ne serait-ce qu’une fois, donc le jour J, j’ai été incapable de respecter le timing de 10min, d’autant plus qu’il fallait faire le speech en anglais, mais je me suis dit que j’aimerais beaucoup vous soumettre, à vous lecteurs exigeants, cet embryon de réflexion sur la question qui peut-être vous obsède autant que moi: mais enfin, quoi faire de sa vie ?

Les lignes qui suivent sont donc tirées de ce speech de 20 min et sont une première ébauche – encore incomplète – d’un éventuel troisième livre. Je prends donc le risque de me mettre tout nu ici et vous soumets ce texte. L’idée est surtout de recueillir, pour ceux qui seront assez patients pour lire jusqu’au bout, leurs impressions et surtout critiques. Le sujet m’obsède depuis belle lurette et en faire un livre me soulagerait pas mal je crois. Vous noterez par ailleurs que le titre et certaines illustrations que j’avais préparées pour la conférence sont en anglais, je les ai gardés tels quels pour cet article. Mais voici donc l’article qui commence avec un titre que j’ai réussi à placer tel quel chez Thalès:

The first step to find your passion

©NicolasBeretti

(Ou: comment trouver sa p**** de passion)

Avez-vous déjà entendu ce fameux conseil, qui semble très pertinent au premier abord, et qui vous invite à « suivre votre passion » pour être heureux ? Un nombre incroyable de livres, de blogs et de gens que j’ai rencontrés disent la même chose. J’imagine que vous-même, peut-être, avez un jour demandé conseil à votre meilleur ami alors que vous aviez l’impression de moisir dans un job qui ne vous plaisait pas tellement. Ou que, englué dans les affres du chômage, vous passiez vos journées à vous demander pourquoi vous étiez sur Terre et à quoi bon devait servir votre vie. Bref, vous avez demandé conseil à votre meilleur ami, et il y a de fortes chances que ce dernier vous ait répondu quelque chose comme :

Best friend follow your passion

N’en voulez pas à votre meilleur ami. Lui aussi est convaincu de vous donner un bon conseil.

Ce qui ne vous probablement pas du tout aidé. Mais vous avez alors pensé: « Diable, même Steve Jobs, dans un de ses plus célèbres speechs, l’a clairement dit: « follow your passion ». Le gars a quand même créé Apple, il est loin d’être bête, donc il a raison, donc je dois moi aussi trouver ma passion. »

Steve Jobs follow your passion

C’est comme ça que j’imagine Steve Jobs me conseiller des trucs sur ma vie. Il me fait un peu flipper.

D’ailleurs, ce conseil semble logique, puisque tous ces livres vous promettent que si vous trouvez votre passion et que vous la suivez, vous serez super bons et qu’alors, l’argent va pleuvoir. C’est ultra convaincant, il faut le reconnaitre. Pourtant, ce conseil bancal m’a fait perdre 4 ans, et je suis certain que je ne suis pas le seul. Tenez, si je vous demande: « Quelle est donc cette passion que vous devriez suivre pour être heureux et riche? », pourriez-vous seulement me répondre ? Non, a priori. C’est bien pour ça d’ailleurs que le sujet est si vendeur. Allez voir sur Amazon Books et tapez dans la barre de recherche « find your passion »: vous trouverez plus de 2 000 livres sur le sujet.

2000 livres de méthodes pour une même question, ça fait beaucoup de solutions

2000 livres de méthodes pour une même question, ça fait beaucoup de solutions ©NicolasBeretti

2 000 livres ! C’est donc bien qu’aucun n’a trouvé la solution, sinon ça se saurait. Le problème quand on vous suggère de suivre votre passion, c’est pas « suivre », mais: suivre quoi ? quelle est ma passion ? Que dois-je suivre ? Ai-je même une passion ? Suis-je passionné ? Qui suis-je ? Et autres sortes de questions existentielles en cascade qu’une telle démarche provoque inévitablement. Durant 4 ans, j’ai donc cru que le secret de ma future réussite se cachait dans la découverte de ma « passion », et qu’une fois que je l’aurais trouvée, je n’aurais plus qu’à tout plaquer pour la suivre et devenir enfin riche, beau et intelligent (pour paraphraser un auteur que j’aime bien). J’ai donc passé des heures à réfléchir, à m’inventer des professions, à appeler mes amis, à les noyer littéralement sous des heures de monologues centrés sur mon nombril et ma place dans l’univers. Je crois même que j’ai changé le « A propos » et le titre de ce blog au moins une quinzaine de fois. A chaque fois que j’avais une idée, je pensais que c’était enfin la bonne, et je poussais des hurlements de victoire, avec le sentiment vraiment réel d’apaisement – enfin, j’existais, je m’étais rencontré! Et puis le lendemain, confronté à la vraie vie, bam! Même brouillard, encore et encore. Mais je ne lâchais pas. Car si le gars qui a créé Apple et 2 000 autres auteurs sur Amazon donnent le même conseil, c’est qu’ils ont forcément raison et qu’alors, je dois chercher encore et encore – c’est ce que je me répétais, pauvre fou que j’étais.

Le problème, c’est que je perdais mon temps à chercher quelque chose dont je n’avais aucune idée de ce que ça pouvait bien être. Je l’ignorais, mais j’étais tombé en plein dans un piège vicieux: le piège de la passion. 

Le Piège de la Passion

Quand vous pourchassez quelque chose mais vous ignorez totalement ce que c'est. ©NicolasBeretti

Quand vous pourchassez quelque chose mais vous ignorez totalement ce que c’est. ©NicolasBeretti

Le Piège de la Passion est un cadre de pensée basé sur l’idée que quelque part, dans le temps ou dans l’espace, votre job de rêve vous attend, extérieur à vous, et que vous n’avez qu’à le chercher très fort pour le trouver, et qu’alors vous serez heureux et comblé (et riche) (et les licornes et les papillons) .

Allégorie du Piège de la Passion ©NicolasBeretti

Allégorie du Piège de la Passion ©NicolasBeretti

Non seulement cette croyance est complètement stupide d’un point de vue logique (car c’est postuler dès le départ qu’en gros, il n’y a qu’UNE ET UNE seule voie pour être heureux et accompli, ce qui rendrait le bonheur aussi probable que de gagner à l’Euromillion), mais en plus elle est dangereuse. Elle est dangereuse car elle peut faire de votre vie actuelle un enfer absolu, et ce pour 3 raisons simples:

1. La plupart d’entre nous, à part les freaks qui savent très précisément le but de leur vie avant le CE1, ne nait pas avec une passion pré-installée au sein de son logiciel personnel. Dès lors, la recherche d’une soi-disant passion relève de la résolution de la question « pour quoi suis-je né? », qui est un non-sens puisque vous êtes né pour être, point.

2. La plupart des boulots, dans la vraie vie, ne ressemblent pas vraiment à une passion, surtout lorsqu’on débute sa vie professionnelle. En bas de l’échelle, le boulot ressemble plus à de l’exécution de bas étage qu’à la vie du CEO. Il faut d’abord être excellent dans son job pour commencer à faire des trucs chouettes et à s’éclater, tout simplement parce que les trucs chouettes sont déjà pris par les gens excellents qui étaient là avant vous, et que pour le moment ils n’ont pas envie de prêter leurs trucs chouettes. C’est pas si compliqué. Vous aussi, quand vous serez à leur place, vous n’aurez pas envie de prêter.

3. Si vous postulez que votre passion est là, dehors, quelque part, à vous attendre, et que vous projetez sur elle l’idée qu’une fois atteinte, votre vie sera « passionnante », alors vous jetez en même temps sur votre vie actuelle un jugement de vie « non-passionnante ». Du coup, vous commencez très vite à détester chaque minute de votre vie non-passionnante en rêvant simultanément à votre future vie parfaite, une fois que vous aurez juste trouvé votre passion. C’est un peu comme larguer son conjoint au bout de 2 mois parce que la passion des premiers temps a disparu. C’est alors oublier que la passion est par nature dévorante, et que donc elle ne peut pas durer éternellement. Aucun job ne sera passionnant 100% du temps. 

De la passion à la réussite

Finalement, on recherche sa passion principalement pour une raison simple: réussir sa vie. « Réussir sa vie » est un objectif tellement commun et tellement entendu – c’est ce qu’on appelle un « mot-valise » – que plus personne ne sait ce qu’il veut vraiment dire. Il se trouve que « réussir sa vie » a pourtant autant de signification qu’il y d’humains sur cette terre, tout simplement parce que dans « réussir sa vie » il y a deux mots complètement subjectifs (« réussir » et « sa vie »). Or, ici bas, dans notre monde moderne capitaliste et manipulateur, le côté obscur de la Force est très puissant et peut facilement définir pour nous ce que l’on croit vouloir et comment l’on se voit soi-même. Par exemple, l’immense majorité des publicités passent leur temps à vous rappeler que vous n’êtes pas assez jeunes, pas assez mince, que votre maison n’est pas assez propre, que vous n’êtes pas assez riche, etc. Ce qui d’emblée créé chez n’importe qui un sentiment de médiocrité qu’il ou elle va s’empresser de vouloir compenser en achetant des trucs inutiles qu’il ou elle pense sincèrement désirer pour de vrai.

Pourtant, il faut commencer par se poser une vraie question: quelle est votre propre définition du succès ? Personne d’autre que vous ne devez définir ce mot, parce que vous êtes unique et que par conséquent, votre succès n’a a priori aucune raison de ressembler à celui de votre voisin/meilleur ami/père/héros de cinéma. A ce stade, trop de gens – moi y compris, je vous rassure – ont tendance à confondre succès et prestige. Le succès se mesure à l’aune de vos propres critères; le prestige se mesure à ceux de la société. Vous pouvez courir après le prestige toute votre vie, croyant réellement poursuivre vos rêves et vos envies pour réaliser, une fois atteint ou une fois sur votre lit de mort (ce qui est encore moins drôle), que ce n’est pas du tout là ce qu’en fait vous recherchiez. C’est bête.

Le Prestige, c'est le côté obscur de la Force ©NicolasBeretti

Le Prestige, c’est le côté obscur de la Force ©NicolasBeretti

 Le prestige peut vous forcer à votre insu à travailler non pas sur ce que vous aimez réellement, mais sur ce que vous aimeriez aimer. Prenons un exemple: en ce moment, je me demande si le fait d’avoir monté ma boite répond à un besoin de prestige ou de succès. Dans quelle mesure le fait « d’avoir ma boite » est-il un critère de succès dans ma propre grille d’évaluation? Attendu que dès que je peux et depuis longtemps, je m’amuse à imaginer de nouveaux business, je ne pense pas courir après le prestige, donc j’espère ne pas faire fausse route, mais la question se pose quand même. Dans votre vie professionnelle à vous, où vous passez le plus clair de votre temps, qu’est-ce qui finalement relève de votre quête d’une vie réussie pour vous, ou bien d’une vie prestigieuse aux yeux des autres ?

Une ressource plus précieuse que tout l’or de la Terre

Si nous étions éternels, tout ceci n’aurait finalement que peu d’importance car nous pourrions alors nous permettre de gâcher des siècles à faire des trucs qui ne nous passionnent pas vraiment. Le problème, c’est que notre temps sur cette Terre est non seulement très court, mais également très incertain. Nous vivons dans la douce illusion que nous sommes éternels (sinon, qui contracterait un crédit sur 40 ans ?), et nous oublions complètement que le temps file, que cette vie est la seule que nous aurons jamais. Vous aurez beau être l’homme le plus riche de la Galaxie, vous ne pourrez jamais racheter les minutes que vous venez de passer à lire ces lignes. Jamais. Ce qui fait du Temps la ressource non renouvelable la plus précieuse qui soit

La plus grande richesse de ce monde, ce n'est ni l'or ni le pétrole, mais le temps. ©NicolasBeretti

La plus grande richesse de ce monde, ce n’est ni l’or ni le pétrole, mais le temps. ©NicolasBeretti

Puisque le temps est la plus précieuse des ressources que vous possédez, et qu’en outre vous n’avez aucune idée du « stock de temps disponible » dont vous disposez encore à ce jour, vous n’avez absolument pas intérêt à le gaspiller. Vous ne jetteriez pas des bijoux en or ou des litres d’essence, pourquoi dès lors jeter des jours, des semaines, des mois ou des années entières dans des occupations qui, au fond, vous ennuient ? D’où mon humble définition du succès, valable cette fois pour tout le monde, puisque nous sommes tous mortels:

L'ennui est le vrai marqueur du succès. ©NicolasBeretti

L’ennui est le vrai marqueur du succès. ©NicolasBeretti

Ce n’est donc pas l’argent ni la taille de votre maison qui définissent réellement si votre vie est une réussite, mais à mon sens, c’est bien plutôt le sentiment général d’ennui ou non. Car si « s’ennuyer, c’est chiquer du temps pur », c’est aussi et quand même une bien piètre utilisation de cette précieuse ressource – que vous ne pourrez jamais racheter.

Et puisque l’on parle d’ennui, figurez-vous qu’il existe en anglais un mot encore plus sympa pour définir le fait de ne pas s’ennuyer (« Not Being Bored »): « Flow« . Le Flow, c’est ce sentiment de concentration intense doublé d’une impression de clarté incroyable, sentiment pendant lequel vous oubliez la notion du temps, vous oubliez même votre propre existence et avez l’impression de faire partie d’un projet plus grand que vous-même. Quand vous êtes dans le Flow, tout votre esprit, votre corps et votre âme sont profondément engagés dans ce que vous êtes en train de faire. C’est un sentiment merveilleux que vous connaissez bien, parce que vous l’avez déjà expérimenté, à de nombreuses reprises.  Vous savez quand ? Lorsque vous étiez enfant.

Demandez à Mini You, lui il sait

Je suis assez profondément convaincu que malgré nos airs de grandes personnes responsables, nous ne sommes que des gamins en costume. Derrière nos masques, en effet, se cachera toujours un Mini You.

On a tous en nous quelque chose de Mini You. ©NicolasBeretti

On a tous en nous quelque chose de Mini You. ©NicolasBeretti

La vie en entreprise a certes remplacé les cours d’école, les Tinders et autres Meetic ont certes remplacé les petits mots d’amour sur des papiers envoyés dans le dos de la maitresse, et la terreur de la cour de récré est certes devenu ce type du service commercial qui vous impressionne toujours un peu en réunion du lundi matin. Mais dans le monde des adultes, nous expérimentons pourtant toujours les mêmes sentiments qu’à l’école: peur, envie, jalousie, tristesse, blessure…Simplement, nous sommes moins « autorisés » à les montrer. Lorsque pour une raison X ou Y, vous fondez en larmes au bureau suite à un reproche ou une remarque désobligeante de Monique de la compta, ce n’est pas vous en tant qu’adulte qui pleure, c’est Mini You qui s’exprime, sans vous prévenir. Il a juste fendu l’armure par surprise, mais il est toujours là. Et il sera toujours là, que vous le vouliez ou non.

Or, Mini You et vous vivez des vies très différentes. Lorsque vous étiez encore Mini You, vous aviez des journées entières de temps libre devant vous. Vos parents s’occupaient de tout. Aucune contrainte, pas de ToDo liste, pas de shopping, pas de journées de boulot… rien que du temps libre à occuper en faisant strictement ce que vouliez. Vous dessiniez, lisiez, inventiez des mondes, jouiez des rôles… Avec une singularité fascinante: Mini You était presque toujours dans le Flow. Mini You, en fait, possédait même un PhD en Flow. Regardez un enfant jouer: le monde autour de lui n’existe plus. Il est réellement, totalement absorbé par son imagination: il est dans le monde magique du Flow, sans difficulté aucune. Il est docteur en Flow. Tous les Mini You du monde sont des experts-nés en Flow.

Or c’est dans ce monde du Flow que vous utilisiez au mieux la ressource Temps, car alors votre esprit, votre corps et votre âme étaient complètement alignés et focalisés sur votre occupation. Vous savez bien que j’ai raison: vous vous souvenez, vous aussi, de ce sentiment de bouillonnement dans les tripes que vous ressentiez et ressentez peut-être encore parfois aujourd’hui lorsque Mini You prend les commandes et vous plonge dans le Flow pour quelques heures, quelque soit votre activité (bricolage, cuisine, dessin, écriture…).

A mon sens, c’est durant ces milliers d’heures de liberté étant enfant que Mini You s’est forgé sa personnalité unique, et donc a forgé ce que vous êtes réellement aujourd’hui, malgré votre cravate et vos fichiers Excel. Alors, si d’aventure vous êtes perdu dans votre vie, demandez donc à Mini You ce à quoi il choisissait d’occuper toutes ces heures de liberté qu’il possédait. Parce que derrière les activités auxquelles il choisissait librement de s’adonner se cachent des indices sérieux de ce qui vous fait réellement vibrer dans la vie. Identifiez, derrière ces activités, quels en étaient les cadres, l’ADN si vous préférez. Par exemple, me concernant, étant gamin je passais des journées à dessiner et écrire des histoires. Puis la vie a pris son cours un peu sérieux, et j’ai mis tout ça plus ou moins de côté, excepté la publication de quelques strips BD ici ou là. Puis, en 2011, j’ai écrit un livre, un peu par hasard. Dans ce livre, j’y ai fait des dessins. Eh bien je vous le donne en mille: l’écriture de ce livre m’a replongé comme jamais dans le monde magique du Flow, que j’avais un peu perdu de vue. Et j’ai écrit ce livre en 12 jours, pendant les vacances, sans que personne ne m’y oblige. Tout comme personne n’obligeait Mini Moi à dessiner ou écrire des histoires. Retrouver ce sentiment de Flow, le même qu’étant enfant, m’a procuré un intense plaisir: j’ai aujourd’hui toujours l’impression d’avoir non seulement utilisé mon Temps à bon escient, mais en plus d’avoir produit quelque chose (le livre a même été plusieurs fois N°1 sur Amazon dans sa catégorie!).

Portez attention aux applaudissements

Avez-vous déjà fait quelque chose qui pour vous semblait absolument naturel et anodin, mais pour lequel vos amis ou des gens vous ont applaudi, au sens propre comme au sens figuré ? Quelque chose qui ne vous coûté aucun effort, qui vous juste semblé purement naturel, mais qui pour les autres a semblé être une sorte de performance ? Cela nous est tous arrivé un jour.

Je suis sûr que vous pouvez vous rappeler d'un moment où on vous a applaudi. Si si.

Je suis sûr que vous pouvez vous rappeler d’un moment où on vous a applaudi. Si si. ©NicolasBeretti

En fait, je pense qu’il s’agit là d’un précieux indice de ce que d’aucuns appelleront leur Talent Naturel, ou Genius, ou leur « A » – suivant l’auteur. J’accroche plus sur « Genius » pour ma part, notamment parce que j’ai lu quelque part que les Romains, qui en parlaient déjà à l’époque, pensaient qu’il était du devoir sacré de tout homme d’identifier son propre Genius et de le mettre à l’oeuvre au sein du monde. Ce Genius, tout le monde en possède un, car nous sommes tous une combinaison unique de gènes, d’expériences et de connaissances qui nous donnent des compétences uniques. C’est lorsque ces compétences uniques sont à l’oeuvre que nous pouvons alors être applaudis: pour les autres, c’est une performance, pour nous, c’est comme respirer, cela fait partie de nos capacités naturelles, intuitives. Eh bien lorsque de tels applaudissements se produisent, essayez de noter ce que vous venez juste de faire. C’est assez difficile certes, puisque vous le faites naturellement – c’est comme soudainement prendre conscience que l’on respire – mais tâchez de regarder de près ce que vous venez d’accomplir et qui vous vaut d’être applaudi. Car c’est là la manifestation la plus limpide de votre Genius, qui ne demande qu’à s’exprimer. Et devinez quoi: généralement, lorsque votre Genius se met à l’oeuvre, vous tombez dans le monde magique du Flow, vous vous sentez donc bien et joyeux, accompli et heureux, et donc…les gens applaudissent. Si vous parvenez à donner une valeur marchande à ces applaudissements, ils pourraient vous permettre de gagner la liberté de travailler sur ce qui plait à Mini You, ce qui vous plongerait dans le Flow, avec les conséquences heureuses que l’on sait. Ce qui nous conduit donc tout droit à cette équation de haute volée que je vous propose maintenant:

The Happiness Equation. ©NicolasBeretti

The Happiness Equation. ©NicolasBeretti

Où l’on constate que la dynamique s’auto-entretient, ce qui est doublement bénéfique. 

Invoquez Mini You aujourd’hui

Une bonne façon de faire revivre Mini You qui vous connait si bien est de vous projeter dans une vie hypothétique qui vous promet les mêmes conditions de vie que celles qu’a connues ce veinard de Mini You. A savoir: pas besoin de travailler, pas de souci d’argent, l’absence totale de stress et de ToDo listes. Comment faire ? Posez-vous calmement et tâchez de réellement imaginer très fort qu’à partir de demain matin, à 9h00, lorsque votre journée démarrera, votre compte en banque sera crédité de 250 millions d’euros. Visualisez très fort ce chiffre sur votre compte, ressentez l’effet que cela pourrait vous faire, puis, mentalement, commencez à lister tout ce que vous allez faire avec cet argent. Evidemment, vous allez changer de: voiture, maison, vêtements, pays, femme, mari, canapé, marque de bière, etc. Evidemment, vous allez acheter plusieurs maisons, juste pour être sûr. Evidemment, vous allez offrir tout un tas de trucs à tout un tas de gens. Evidemment, vous allez donner à une oeuvre de charité. Ok. Voilà qui est fait, maintenant vous possédez TOUT ce dont vous avez toujours rêvé. Huit Ferrari, trois villas, deux chalets en Suisse, cent vingt paires de chaussures de luxe, un hélicoptère, un jet privé, ce que vous voulez. OK. Vous avez d’ailleurs tellement acheté de machins que vous n’avez même plus envie d’acheter de machins. Vous êtes riche, immensément riche. Vous n’aurez plus jamais besoin de travailler. Placés à 4%, cette somme vous rapporte chaque année 10 millions d’euros d’intérêts. Vous ne savez même plus comment les dépenser. On est donc à J+6 mois, vous possédez tout, ça y est. Vous avez pu profiter de dizaines et de dizaines de grasses matinées, de délires de millionnaires, vous êtes allés partout où vous vouliez. Et maintenant? 

A ce stade, la plupart d’entre vous, lorsque je pose la question, me répond: « je créé une fondation et j’aide les gens ». OK. Bien. Admettons que vous ayez 30 ans, vous créez cette fondation. Ainsi vous vous sentez utile. Mais pensez-vous honnêtement qu’elle va vous passionner pour les 60 prochaines années ? Que vous allez être heureux d’y consacrer le restant de votre vie? Là, les personnes à qui j’ai posé cette question me répondent généralement: « Oh, rapidement, je place un Directeur Général pour tout piloter ». Ce qui vous ramène à la grasse matinée, au temps libre qui s’offre à vous… qu’allez-vous en faire ? Tout doucement, assis sur vos tas de millions, vous découvrez avec effroi que posséder toujours plus ne sert strictement à rien, ne rend pas plus heureux, et que surtout, 1/la femme ou l’homme de vos rêves ne tombera jamais amoureux de vos millions ; 2/ces mêmes millions ne répondent pas à la question initiale: qu’est-ce que je fais de ma vie ? et que 3/même super riche, vous continuez à vieillir à grande vitesse, et vos millions n’y peuvent rien. Ce qui remet sur le devant de la scène notre fameux Temps. Projetez-vous: un an après avoir gagné ces 250 millions d’euros, vous possédez tout, vous avez créé votre Fondation, nommé un DG pour la piloter, tout roule…Nous sommes lundi matin, il est 9h, vous êtes dans l’une de vos villas (seul, car vos amis, eux, ont un travail), que faites-vous cette semaine ? Et la suivante ? Et les 60 prochaines années ? Pour quoi allez-vous vous battre ? Finalement, après avoir échangé vos millions contre des trucs matériels et un peu de bonne conscience, où allez-vous finir par dépenser ce qui le plus de valeur au monde: votre Temps ? Pour quelle cause pourriez-vous vous lever le matin ? 

Tâchez de réfléchir à ces questions-là en vous projetant de la manière la plus réaliste possible dans le luxe infini qu’une telle somme d’argent permet. Puis notez vos réponses, et là encore, identifiez le cadre structurant les activités pour lesquelles vous accepteriez de donner votre bien le plus précieux – votre temps, votre vie. Il y a là des indices précieux sur ce qui, au fond, vous fait vibrer pour de vrai.

Puis, enfin, faites le premier pas vers l’action

Il y a quelques années, je me suis mis à apprendre la chute libre en Australie. Pour ceux qui ne sont pas experts de la chose, la chute libre consiste à sauter d’un avion en parfait état de marche à 4 000 mètres d’altitude, tomber en chute libre pendant 50 ou 60 secondes à 240km/h puis si tout va bien ouvrir son parachute pour aller se poser pas trop vite sur une zone précise en évitant les lignes électriques et les arbres qui trainent ici ou là. C’est comme un suicide, mais avec une assurance. 

Au niveau 7 de la formation (7ème saut de la PAC si je me souviens bien), on est censé sauter à faible altitude (1 500 mètres), ce qui équivaut à peu près à rien du tout – on a vraiment l’impression de sauter d’une très grande tour et qu’on aura jamais le temps d’ouvrir son parachute. Ce saut nécessite surtout d’être capable de stabiliser sa chute libre rapidement pour ouvrir tout aussi vite son parachute. Or, si tout allait bien jusque là dans ma formation, j’avais un gros souci: je mettais trop de temps à me stabiliser une fois en chute libre (il me fallait environ 15 secondes). Flashbak: alors que je viens de faire le saut du niveau 6 de la formation, mon instructeur me demande de recommencer ledit saut car j’étais trop lent à me stabiliser. J’accepte donc de repayer les 300 dollars australiens pour refaire une deuxième fois le saut numéro 6, et là, ça recommence: tout va bien, sauf que j’échoue à stabiliser ma chute en moins de 15 secondes. Une fois au sol, débriefing avec mon instructeur: il me demande de recommencer une troisième fois le niveau 6, parce qu’il ne peut pas me laisser aller au niveau 7 tant que je ne maitrise pas ma chute libre plus vite. Etant à l’époque stagiaire (non rémunéré of course) à l’Ambassade de France, je lui fais remarquer que je ne peux plus me permettre de financer une troisième fois le saut numéro 6. Et que donc je vais devoir arrêter là – j’étais complètement dégoûté évidemment. Mon instructeur se lève alors, pose sa canette de Sprite sur la table et me dit: « Ne bouge pas, je reviens, je vais voir le patron ». Au bout de 10 minutes, interminables pour moi, il revient et me lance: »Equipe-toi, tu es dans le prochain avion pour le saut n°7. Tu seras seul cette fois, je suivrai ta chute depuis le sol ». Je me souviens m’être décomposé sur place. Je savais que je n’arrivais pas à stabiliser ma chute libre en moins de 15 secondes, je savais que c’était très gênant pour le saut numéro 7 puisque depuis 1 500 mètres seulement, au bout de 15 secondes de chute libre, on a fusionné avec le sol (ou presque). Donc je savais que j’allais mécaniquement m’exploser sur ce saut qui serait donc le dernier de ma vie. J’ai demandé à mon instructeur s’il voulait ma mort, il m’a simplement répondu: »Tu vas y arriver, tu sais pourquoi ? Parce que tu n’auras pas le choix ». Je pars donc m’équiper, un sentiment étrange en moi, entre le désespoir et l’excitation. En marchant vers l’avion, c’est clairement devenu du désespoir: je crois bien que c’est la première fois de ma vie que j’ai marché volontairement vers ce qui me semblait être une mort à peu près certaine. Mais ma fierté et mon envie de réussir cette formation étaient trop fortes, alors j’ai grimpé dans l’avion. J’étais totalement terrorisé. A peine l’avion qui a décollé, on arrive à 1 500 mètres d’altitude, et le pilote ralentit pendant que la lumière verte s’allume: je dois ouvrir la porte et sauter. Tout seul. Etant le premier à sauter, je suis monté en dernier dans l’avion et suis donc au fond de l’avion. Tout le monde me regarde alors (les autres parachutistes montent sauter à 4 000 mètres) et attend que je veuille bien ouvrir la porte et faire mon saut comme un grand. Je me souviendrai toute ma vie avoir regardé leurs visages souriants et encourageants, et m’être dit, juste avant de sauter: « C’est donc la dernière fois que je vois des être humains. Voilà. » Et j’ai sauté.

Comme vous avez remarqué, je suis toujours là, j’ai eu ma licence de chute libre (j’ai même filmé un de mes sauts, et vous remarquerez que je suis un très mauvais monteur de vidéos), et je pense aujourd’hui pouvoir sauter d’à peu près n’importe quel avion. Ce qui est très utile lorsqu’on prend le métro tous les jours. Blague à part: c’est réellement très utile. Car depuis, je sais que je peux regarder la peur en face et la contrôler. Les risques sont vraiment moins impressionnants une fois qu’on les a pris. C’est la leçon N°1 à retenir, je crois, pour vivre la vie qu’on veut mener: puisque personne ne va jamais vous la donner cette vie, c’est à vous d’aller la chercher. Pour cela, il vous faudra nécessairement à un moment faire le grand saut vers l’inconnu. A ce moment-là, le pas le plus important que vous devrez faire sera le premier pas hors de votre zone de confort

Soyez prêt à payer le prix

Faire ce premier pas, qu’il soit hors de l’avion ou hors de votre CDI confortable ou hors de votre vie actuelle, ce premier pas vous coûtera cher. Très cher parfois. Il vous semblera impossible peut-être. Pourtant, gardez à l’esprit que si vous voulez le bénéfice de quelque chose dans la vie, il faut aussi en vouloir le prix. Pour avoir ma licence de chute libre, j’ai affronté cette peur terrible au saut numéro 7. Pour créer ma boite et prendre le contrôle de mon Temps et de ma vie, j’ai payé, comme tous les entrepreneurs, le prix d’années de doutes, de questionnements, de pétages de plombs et d’échecs. Mais maintenant, j’en ai tiré un bénéfice: je me sens plutôt libre. « Quoique vous vouliez dans la vie, tombez amoureux du processus, non du résultat », parce que le résultat ne sera qu’un très court moment comparé aux mois ou années du processus nécessaire pour parvenir à ce résultat. Toutes les stars de la musique ont commencé par bosser des milliers et des milliers d’heures sur leur instrument, comme des forcenés, pour arriver au sommet. Sans cette passion du processus même consistant à améliorer leurs compétences sur un instrument, jamais ils n’auraient pu arriver là. Idem pour les sportifs. Idem pour ceux qui ont des tablettes de chocolat: derrière ces tablettes se cachent des dizaines de milliers d’abdominaux, tous les jours. Pour le dire autrement: n’appréciez pas seulement la victoire, appréciez aussi le combat pour ce qu’il est. Appréciez autant d’avoir des abdos que le fait d’en faire tous les jours. Pour construire la vie qui vous rend heureux, vous allez devoir tellement vous battre (contre vous-même, contre les autres, contre l’inertie, contre la peur) qu’il vaut mieux que vous aimiez ce combat, quel qu’il soit. La victoire sera très courte par rapport à la durée du combat. Autant apprécier le voyage!

Et dans ce voyage, dans ce combat, comme vous voulez, c’est l’action qui mènera à l’inspiration, et pas forcément l’inverse. N’attendez pas de vous sentir inspiré ou motivé: l’inspiration et la motivation viendront en marchant. Agissez maintenant. Expérimentez. Echouez. Recommencez. L’action ne vous rendra pas automatiquement heureux, c’est évident, mais soyez certain que sans action, vous ne serez pas heureux. « L’action porte en elle la grâce et la magie ». 

*****

Le pas le plus important que l’on peut faire dans notre vie, c’est peut-être finalement le tout premier pas hors de notre zone de confort. Ce peut être effrayant, mais comme on dit: c’est en dehors de notre zone de confort que se produit la magie. « Life’s too short not to take risks », comme le chante si bien mon talentueux ami Josef Salvat. Alors sortez, risquez, vivez, à la fin, vous ne pourrez jamais échouer. Et si vous me voyez m’encroûter, j’espère que vous serez les premiers à me botter les fesses.

7 réflexions sur “The first step to find your passion is to not give a fuck about finding your passion

  1. Merci beaucoup !
    Effectivement j’ai bien envie de l’écrire. Je préfère prendre un peu de temps pour qu’il soit vraiment utile, donc je ne sais pas quand je vais m’y mettre, mais il y en aura un 3ème, je l’espère vraiment🙂
    Très bonne année et à bientôt ici ou là donc !

  2. Coucou !
    Je suis une grande fan de vos articles et du livre « le mémoire de master… ». Et là, que vois-je ? Vous avez l’intention d’en écrire un nouveau. Géniallissime. J’espère sincèrement que vous l’écrirez. En tout cas, sûr que si vous l’écrivez bel et bien, je l’achèterai volontiers. J’ai lu cet extrait et j’étais juste complètement plongée dans votre récit. Et je trouve le sujet passionnant. Je vous encourage donc à écrire ce livre🙂 Au plaisir de découvrir sa parution. PS : puis, vous avez écrit le précédent livre en 12 petits jours seulement….alors….

  3. Écrivez le ce livre !!🙂
    Ce que vous décrivez est exactement ce que je ressentais comme pour beaucoup de personnes je suppose. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre le temps de passer à l’action et de faire ce qui me semble bien pour moi sans culpabiliser ni penser au prestige.
    Et le plus triste c’est que quand on ne trouve pas sa passion ou qu’on a plusieurs (trop) centres d’intérêts, on a tendance à se culpabiliser et à se dévaloriser : »je suis nulle j’ai pas de passion » Et la quête devient souffrance…

    J’ai hâte de lire la suite en tout cas!

  4. J’ai hâte de lire le livre!!

  5. Clair et plein de bon sens! Merci pour l’article le corse😉

  6. Excellente réflexion et tellement juste. J’ai toujours plaisir à lire tes lignes Nico. C’est à chaque fois très inspirant. Tu es une sorte de gourou pour moi ! 😉 A plus

  7. Passionnant, merci pour cet article! Tout semble tellement familier…

    Ce qui m’a fait rire aussi, c’est que j’ai eu le problème exactement inverse : trop de passions, pour la plupart apparues précocement et n’ayant rien à voir les unes avec les autres en apparence. Ça implique des années à courir partout, à se sentir écartelé par tous ces centres d’intérêt tout en étant terrorisé à l’idée de devoir en sacrifier un seul, parce que tous semblent vitaux… Je suppose que pas mal de gens ont vécu ça aussi.

    Ton concept de « flow » c’est justement ce qui m’a permis d’ordonner mes priorités et de concilier toutes ces choses : après des années à me demander si je préférais une chose ou son opposé, j’ai compris que l’important pour moi n’était pas tant le mode d’expression (écriture, dessin…), mais le fait même de m’exprimer, de créer quelque chose à partir de ma propre essence. L’important n’était pas de lire des bouquins sur la phylogénie ou sur les dinosaures, ce qui comptait c’était d’apprendre et de comprendre des choses, comprendre et expliquer le monde. Je recherchais en fait toujours cet état particulier que tu décris si bien. J’ai juste la chance d’avoir de multiples façons d’y parvenir, même si c’est à double-tranchant.

    Finalement, je pense que tout est lié (autour du flow), et choisir sa voie au détriment d’autres voies potentielles permet de développer la créativité et de faire toujours plus d’associations d’idées entre les domaines qui nous inspirent.

    Au plaisir d’échanger, j’espère que mon assaut de lignes ne t’as pas embêté !

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